samedi 4 juin 2016

Verdun : les médecins, héros oubliés du front, par Françoise Buy Rebaud

HISTOIRE
Chaque guerre a, si l'on ose dire, sa physionomie, et les combats d’Azincourt firent d'autres blessures que ceux d’Austerlitz ou de Dien Bien Phu.


Quand éclate la Grande Guerre, le service de santé, dirigé par les chefs du Val de Grâce, a tiré les leçons de Sedan, avec brancardiers, infirmiers à l'avant, et unités chirurgicales à l'arrière, toutes mobiles pour suivre les déplacements des troupes.

Mais quand s'installent les tranchées, et que les armes nouvelles sont utilisées, ce ne sont plus les seules balles de fusil qui sévissent, mais les obus à billes ou éclats, grenades à fragmentation,  et gaz asphyxiants ; le pansement d'attente avec teinture d'iode avant l'évacuation des blessés ne suffit plus, les polytraumatismes et les atteintes osseuses exigent des soins chirurgicaux à l'avant. À Verdun, où les combats ont lieu dans la boue,  la gangrène et la septicémie tuent plus vite que la balle dans le cœur ou le poumon.


Il faut donc réorganiser le service  et former d'urgence un personnel plus nombreux, qualifié, formé au tri des blessures selon la gravité, et des chirurgiens entrainés pendant plusieurs mois. S'organise d'urgence un service d'ambulances chirurgicales   avec trois camions, le matériel pour couchage de cent vingt lits, pour chauffage sous abri, où s'activent spécialistes de la conduite, des groupes électrogènes, du matériel d'opération, de stérilisation, de gouttières d'immobilisation, de désinfection et stérilisation.


Marie Curie
Les « petites curies », voitures offertes par des particuliers à la physicienne prix Nobel, transportent un appareil à rayon X relié à une dynamo dans des salles obscures improvisées ; en fournissant les images internes de blessures, elles évitent les amputations. Marie Curie devient directrice des services radiologues de l'Armée.

Mais l’autre prix Nobel français, Alexis Carrel,  à la tête d'un hôpital de campagne offert par l'Institut Rockefefeller, assisté par le chimiste brittannique H.D.Dakin, met au point des techniques au scalpel avec antiseptie à la liqueur de ce nom ; en virtuose  il effectue des sutures artérielles et des interventions  vasculaires impressionnantes, avec des pansements réalisés selon des techniques de tissage pratiquées dans les ateliers de soyeux, propices aux drainages.

Alexis Carrel
Les professeurs René Leriche de Lyon et Étienne Loubat de Bordeaux perfectionnent les méthodes de reconstruction osseuse et font baisser les infections, donc la mortalité. Les praticiens Léon Dufourmentel, avec la chirurgie faciale et les greffes de peau, Henry Delagenière et Hippolyte Morestin pour les greffes osseuses faciales, sont autant de pionniers. Le souci grandit de l'hygiène, en ces lieux d'affluence humaine, parfois proches de charniers où les morts attendent leur dernier voyage, et les risques d'épidémie sont stoppés.

Maurice Ravel
Si les soldats sont relevés régulièrement pendant cette bataille qui dura trois cents jours et autant de nuits, il n'en est pas de même pour ce personnel médical, en raison des différentes spécificités ; les brancardiers et conducteurs d’ambulances montrent une abnégation rare ; en fait partie le compositeur Maurice Ravel, volontaire malgré son âge, refusé pour sa faible constitution, dont l'obstination finit par le faire accepter dans ce secteur où périt le dixième des effectifs.

Ils sauvent des milliers d'hommes, et rendent à leurs familles et à la vie civile plus d'un million d'invalides que la misère aurait terrassés.

Honneur à eux !



Voir le blog de Françoise Buy Rebaud :









L’islam est la seule « religion » au monde

qui s’attaque à tous les Peuples de la Terre.

Combattez-le !... pour notre survie.